Des torchons et des femmes – (Maïc)

Edit février 2018 : j’ai pris la décision de désanonymiser mon texte.
Il y a deux ans, lors de la publication du blog, l’anonymisation permettait de se concentrer sur les dynamiques à l’œuvre plutôt que sur les protagonistes précis, et surtout de nous protéger face à des personnes, en particulier Assia, que nous soupçonnions de n’avoir aucun scrupule à porter plainte pour diffamation.
Aujourd’hui, le fait que la plupart des personnes citées puissent continuer soit de nous emmerder chaque fois que c’est possible, soit (pour les plus honteuses ?) de tenter de faire oublier leur participation à tout cela, me donne l’étrange impression que « nous protéger » s’apparente finalement un peu trop à protéger des harceleuse.r.s toxiques ; ce qui m’amène aujourd’hui à décider de les nommer (par le prénom, parfois accompagnés de leur initiale de nom – éléments de reconnaissance qui seront peut-être retirés le jour où tout cela sera vraiment terminé).

Bien sûr que ce texte est personnel.
Il est affectif même, puisque l’affect existe.
Bien sûr que je devais l’écrire.
Ce texte est sale.
Ce texte est un torchon.
Ce texte s’abaisse au niveau de votre trahison amicale et de votre logique politique.
Il n’est pas pour vous il est pour moi. Pour enterrer les désillusions, et les amitiés qui n’ont sans doute pas existé.
Et j’en peux plus de le relire, ai-je le droit même de l’écrire, ai-je le droit.
J’ai beau avoir tant perdu depuis deux ans, j’ai peur de ce qui adviendra après qu’il soit rendu public,
car la malveillance et les outils déployés en face ne semblent pas trouver de limite 
Sortez vos stylos rouges, je ne doute pas une seconde que vous aurez mille annotations à souligner d’un trait épais.

La brouette ou la levrette

Tout d’abord, avant de parler de ce qui s’est passé pour moi depuis deux ans, en quelques mots ma « position », puisqu’il semble très important d’en avoir une, car si t’es pas avec nous t’es contre nous etcetera.
Donc pour mémoire, Ju F. patron de la Mutinerie, a résumé (ici) et détaillé (ici) l’absurde déroulé de la « grève », vue des coulisses, vue de l’intérieur bien dégueulasse. Etant données les implications humaines et politiques de tant de prises de position communautaires depuis deux ans, il me semble indécent de vouloir maintenir une position « pro-gréviste » sans a minima se donner la peine d’aller lire une autre version de l’histoire – oh bah oui, c’est un peu fastidieux, un peu long à lire ? Comment dire, de notre côté, ce fut un peu long à vivre en fait.
Donc pour commencer, si on se penche avec un minimum de bonne foi sur ce qui se passe depuis le début de la « grève », si on se donne la peine de se retirer le caca qu’on a dans les yeux pour regarder ce qui se passe derrière et au-delà des textes boursouflés des « grévistes », on déchante assez vite sur la réalité des horreurs subies par les employéEs de la Mutinerie.
Ségrégation raciste entre les employéEs en termes de tâches, d’horaires, de salaires ?
harcèlement sexuel envers ses employées, personnel viré suite à rupture ?
refus de passer en coopérative, refus d’indemniser, refus de déclarer les grévistes ?
concentration des pouvoirs aux mains de petits cadres privilégiés ?
etc ?
C’est faux. Juste : faux. Ce sont des mensonges. Ca n’a existé que dans vos bouches, vos mots, vos attestations signées de vos mains. Un portrait inventé de toutes pièces par une, deux ou trois personnes puis relayé avec enthousiasme par la magie d’une « grève » qui s’est majoritairement déroulée sur Facebook et quelques listes mails.
Le jour où celleux qui ont cru et relayé ces bobards parce qu’une telle aubaine politico-radicool ne se présente pas deux fois, celleux qui affirment et font circuler que Ju est un menteur pathologique/un fasciste ségrégationniste/un harceleur sexuel/un exploiteur cynique/un agresseur hétérosexiste, celleux qui ne voient aucun problème à déshumaniser complètement une personne qu’iells n’ont parfois jamais rencontrée de leur vie, le jour où ces individuEs se rendront compte de leur monumentale erreur, je leur souhaite de se sentir un peu mal à l’aise devant la glace. Pour la fin de leurs jours.
Donc, une fois qu’on débarrasse l’affaire de ce bullshit destructeur, si on en revient aux faits, ce qui, seul, reste de réel dans tout ce qui a été raconté, c’est la position effective de patron/proprio, et donc le seul rapport de classe. Au-delà de tous les mensonges qui grossirent et changèrent au fil des mois sans que ça n’émeuve personne, fondamentalement, quand tout ceci est écarté, le seul argument qui reste et qui vaille, en dernier lieu, c’est que structurellement, être patron et proprio du lieu, ça faisait de Ju un ennemi de classe. Soit.

A ce stade, je relève trois points :

1/ TOUT LE MONDE ÉTAIT AU COURANT. La Mutinerie était un lieu commercial, constitué classiquement d’un patron et d’employéEs. Ca n’a jamais été caché, donc vraiment, cette question demeure : pourquoi il vous a fallu, à TOU.TE.S, les soutiens acharnéEs, tant de temps pour que votre conscience de classe se réveille et que soudain vous révolte ce dont vous avez profité sans ambigüité pendant les 15 mois précédant la « grève » ?

2/ UNE BONNE PARTIE DES DEMANDES DES « GRÉVISTES » N’ONT STRICTEMENT RIEN A VOIR AVEC DES REVENDICATIONS LÉGITIMES DE TRAVAILLEUR.SES. A maintes égards tout ceci n’a eu de « grève » que le nom – mais c’est pratique, ça trace des belles barricades bien nettes, on est rassuré de savoir de quel côté se mettre hein. MAIS : insulter d’autres travailleuSEs tout aussi précaires, exiger leur licenciement, demander un poste de pouvoir sur elleux, demander à ce qu’iells ne bénéficient pas d’éventuelles améliorations accordées aux « grévistes », exiger même la confidentialité de ces avantages obtenus, c’est du foutage de gueule. A touTEs celleux que ça n’a nullement choquéEs, révisez votre cours 101 de la lutte des classes et du syndicalisme. (Oh : et vous pouvez nier ces assertions, les traces écrites existent, arrêtez de vous foutre de la gueule du monde. Le poste de DRH, comme les licenciements, vous les avez demandés, et plus d’une fois – deal with it).

3/ LES « GRÉVISTES » ET LEURS FERVENTS SOUTIENS ONT TOUT FAIT POUR CONSERVER LA SITUATION EN L’ÉTAT. En témoigne une bonne fois pour toutes l’ignorance délibérée des propositions réitérées de passer en coopérative (Y COMPRIS AVANT LA « GRÈVE »), ou même d’être rétro-déclarées. Vous n’avez jamais voulu d’une coopérative. Cette autre question demeure donc : pourquoi ? Quelle jouissance avez-vous trouvée dans cette situation et sa perpétuation ? Qu’est-ce qui vous a fait kiffé à ce point ? Que cherchiez-vous à obtenir réellement ?

Soyons bien clairEs : ce n’est pas l’analyse de classe qui me chiffonne ici. Ce n’est pas le constat que la Mutinerie fut un projet monté sans réelle réflexion sur les conditions de travail, avec une naïveté et légèreté qui peuvent, peut-être, sans doute, émaner de privilèges de classe et de race. Ce qui me chiffonne sévère c’est la façon ultra-suspecte dont un certains nombre de soutiens se sont saisi de ce conflit. Ce qui me fait gerber dans tout ceci c’est tout simplement votre incroyable opportuniste et votre pseudo-radicalité. Votre enthousiasme sans borne, sans recul et sans une once d’auto-critique à démonter un lieu et une, voire plusieurs, personne(s) de la communauté quand on pourrait lancer le même genre de vendetta sur les trois-quarts d’entre vous – j’y reviendrai rapidement plus tard. A mille égards, dans votre grande majorité, vous bénéficiez des mêmes privilèges de classe et vous en usez de même ; à mille égards, certainEs parmi vous ont d’évidents problèmes de consentement comme de responsabilité affective, d’évidents privilèges que vous taisez soigneusement y compris à vous-même, mais que vous rachetez en diffusant des textes qui accusent Ju F. du pire de ce que vous-même avez parfois mis en place dans vos vies. Mais manifestement l’absence de cohérence, de droiture et d’honnêteté personnelle n’a étouffé personne ou presque. Quant à des notions comme la bienveillance ou simplement la nécessité d’une réponse juste, elles sont passées aux chiottes depuis longtemps – si jamais elles ont un jour fait partie de vos outils politiques.

A un niveau plus large, je m’étonne également que les personnes, orgas et collectifs, de Paris à Marseille, qui ont décidé de boycotter officiellement comme officieusement la Mutinerie, furent les mêmes que ça n’a pas gêné de profiter du lieu pour recevoir son argent sale à coup de soirée de soutiens, de dons, de prêt de matos, de financement, de mise à disposition de la structure, pendant les 15 mois qui ont précédé la « grève » (ce qui prouve bien, accessoirement, l’utilité communautaire que le lieu pouvait avoir, pour peu qu’on le transforme vers du mieux.) Vous vous reconnaitrez.

Enfin, j’ai la gerbe de votre refus systématique de critiquer les méthodes dégueu des « grévistes » et d’entendre la dimension de violence interpersonnelle exercée à l’encontre de Ju. Violences dont les multiples dimensions seront visibilisées tôt ou tard, et que – si vous aviez un tant soi peu usé d’honnêteté intellectuelle et de réflexion – vous ne pouviez ignorer, à défaut d’en connaitre l’ampleur. Violence psychologique et sexuelle exercée par Assia dans le cadre de leur relation amoureuse, violence exponentielle suite à la rupture, émanant tant de Assia que de ses soutiens, intimidations et menaces, silenciation des violences sexuelles exercées par Assia, mensonges publics graves, réitérés, destructeurs, intimidations et insultes orales et par écrit à Ju et à ses proches, avec intimation au silence sur ces derniers faits auxquels les trois témoins ont assisté sans jamais décidé de réagir, menaces de mort à plusieurs reprises, transphobie patente, déshumanisation totale de l’incriminé, et j’en passe.
Rappeler ces faits commençait, en effet, par rappeler le contexte de relation puis rupture de Ju avec Assia. Or, rappeler ces faits a toujours été décrit par les « grévistes » et leurs soutiens comme une tentative de dépolitisation de la « grève » : non, bien au contraire, il s’est toujours agi de politiser cette violence interpersonnelle que Assia et d’autres exercent, de l’interroger, de la dénoncer, de la refuser. Les violences intimes et interpersonnelles, les agressions sexuelles, la transphobie, les mensonges de toutes pièces parce que de-toutes-façons-si-ce-n’est-de-ça-tu-es-forcément-coupable-d’autre-chose, ne sont pas plus acceptables que l’exploitation capitaliste ou le racisme. Il s’est toujours agi d’avoir une lecture globale du conflit, qui a mêlé, que vous le vouliez ou non, le rapport capitaliste patron/salariéEs et les rapports de race à l’échelle d’une communauté et d’un mouvement queers et féministes majoritairement blancs, tout autant que des rapports de violence conjugale et interpersonnelle mais aussi intra-communautaire ; effets de groupe, transphobie, logique de bouc émissaire, harcèlement, politiquement indéfendables.
Voilà pour une esquisse de position.

Année 01


Alors bon, que me reproche-t-on, en fait, depuis deux ans ?
De baiser avec le patron ? de ne pas avoir cessé de le côtoyer ? d’être retournée à la Mutinerie après les premières semaines de boycott ?

Un résumé de mes liens avec le lieu et le patron, et accessoirement avec la « gréviste » à l’origine du mouvement, et un certains nombre des soutiens.

été 2012
J’ai effectivement, au même titre que beaucoup de monde, investi la Mutinerie comme lieu communautaire à partir de son ouverture.
Je ne connaissais alors pas du tout Ju F. et l’ai rencontré dans ce cadre. Je venais pas mal à la Mutinerie, on se côtoyait en soirée.

juin-juillet 2013
Je baise avec Ju par deux fois (vous voulez du linge sale ? du « privé qui est politique » ? aucun souci, on va bien tout déballer).
La future « gréviste » Assia baise également occasionnellement avec lui à la même période. Elle ne se prive pas de la jouer complice graveleuse avec moi, ce que je ne souhaite pas particulièrement, mais je ne dis rien. Je ne veux donner aucune prise à cette personne à qui j’ai eu affaire par le passé après 3 années d’amitié. L’eau a coulé sous les ponts, nos échanges sont désormais à peu près cordiaux et je ne veux pas d’embrouilles. Avoir un amant, même très occasionnel, en commun avec elle c’est déjà beaucoup : je souhaite rester aussi loin émotionnellement que possible d’elle, ne lui donner aucun point d’accroche quel qu’il soit à mon encontre.

août 2013
Ju entame une relation d’ordre romantique avec Assia.
Celle-ci cesse toute velléité de complicité avec moi et exige de Ju qu’il cesse de me fréquenter tout en lui intimant l’ordre de ne pas la « balancer ». Ju, manifestement très amoureux, s’exécute donc à l’aide donc d’un mensonge vague, mais c’est franchement me prendre pour une conne et j’ai dû mettre approximativement trois secondes à comprendre qui est derrière ce revirement.
Notons ici que Assia et moi nous connaissons donc depuis longtemps – 10 ans – et qu’envisager une relation exclusive avec Ju n’était pas le problème, que le problème était bel et bien la méthode employée. Une telle exclusivité pouvait se mettre en place en des termes politiquement féministes, ou simplement corrects – au hasard, par une discussion franche et respectueuse entre adultes par exemple. Non, Assia a des méthodes autrement plus classes : envoyer son larbin faire le sale boulot en lui demandant de me mentir pour la protéger.
J’ai l’occasion fin septembre de lui faire part de cette réflexion un soir où je la croise à la Mutinerie, elle s’empêtre dans une justification acerbe mais pourrie ; le ton est réciproquement glacial et à partir de là, les ponts sont – de nouveau – rompus. Je fais aussi part à Ju de ce que je pense du fait qu’il se plie à une telle exigence. Je décide cependant de clore le dossier.

septembre 2013
Je continue alors à fréquenter Ju à titre amical.
Sa relation avec Assia semble plus qu’houleuse, il me fait part des scènes répétées qu’il subit, des revirements constants, des montagnes russes émotionnelles.
La relation s’achève au bout de deux mois à l’initiative de Ju.
La situation à la Mutinerie semble tout aussi tendue, plusieurs salariéEs (dont certaines qui se targuent aujourd’hui d’un soutien sans réserve aux « grévistes », LOL) réclament un vote pour le départ de Assia en raison de son comportement envers elleux. Ju s’oppose catégoriquement à cette non-option – refus dans lequel je le soutiens pendant ces semaines. Mais il semble dépassé par une situation de plus en plus violente, y compris au niveau interpersonnel. Il me parle un soir de l’agression sexuelle qu’Assia lui fait subir à l’occasion de sa soirée d’anniversaire qu’elle fête à la Mutinerie courant septembre (cf texte de Ju: ici). En me racontant ça, Ju retourne la culpabilité contre lui-même qui n’a pas osé se défendre, apeuré par la colère de Assia. Il pleure de n’avoir pas réussi à dire NON. Je suis choquée, atterrée.
Nous continuons à nous voir fréquemment et nous re-baisons finalement ensemble.
Et, guess what ? je n’ai strictement aucun compte à rendre à personne des mes relations affectives et sexuelles. Bisous.

fin octobre 2013
Assia a pris une pause vis-à-vis de son travail à la Mutinerie. Mi-octobre, Ju m’appelle, complètement paniqué et effondré, dans la foulée de la prise à partie violente de la part de trois futurEs « soutiens des grévistes », je nomme ici June, Noam et Thérèse, 3 personnes appartenant au milieu queer/TBPG. Il est accusé de choses graves, mêlant sexisme, racisme, exploitation capitaliste. Ça part dans tous les sens. Je ne sais pas quoi penser. La méthode est violente, mais s’il est vraiment responsable d’un partage des tâches ségrégationniste à la Mutinerie, ou d’un salaire plus élevé pour les blancHEs, par exemple, alors peut-être est-ce légitime, ou en tous cas secondaire vis-à-vis de la violence que lui exercerait ? Je parle avec des personnes, des amiEs ou potes à l’époque, violemment remontéEs contre lui. On m’affirme des trucs graves, choquants, révoltants ; d’un autre côté je n’ai pas eu la berlue pendant tous ces mois : la description des jours de travail divisés entre raciséEs et blancHEs, j’ai suffisamment fréquenté la Mutinerie en semaine comme le week-end pour savoir que c’est faux, par exemple. Alors le reste ? Je suis paumée, je suis flippée à l’idée de « remettre en question la parole des victimes ». On me dit que « quelque chose se prépare ».
Et puis j’apprends le déclenchement de la « grève » à la fin du mois, comme tout le monde.

octobre-novembre-décembre 2013
Je connais finalement encore assez peu Ju, et beaucoup de personnes (connaissances, amiEs, ma partenaire d’alors… touTEs futurEs soutiens des « grévistes ») commencent à m’intimer de me méfier, de faire les bons choix, insistant sur le fait qu’il est menteur et manipulateur. Je suis décontenancée, tendue ; dans leurs avertissements je ne reconnais absolument pas la personne que je côtois, mais d’un autre côté peut-être que je m’aveugle ? A-t-il fait tout ce dont il est accusé ? Il nie, et le reste de l’équipe non « gréviste » avec lui, une bonne partie des accusations concrètes ; mais, malgré tout pénétré de l’idée que cela ne sort pas de nulle part, profondément coupable, il est avide de tout réparer, tout changer. Je vois une personne qui panique, effarée d’avoir pu être l’auteur de telles horreurs ; où est le type manipulateur qu’on me décrit ? J’oscille, une telle unanimité des voix me fait douter de ma lucidité, et dans le même élan me laissent circonspecte face à cette déferlante suspecte. Et puis d’un autre côté, je connais Assia, je sais le mal qu’elle a pu causer à d’autres personnes qui ont croisé son chemin par le passé. Elle veut bousiller Ju, d’une façon ou d’une autre, ça je n’ai aucun doute là-dessus.
Dans le doute vis-à-vis des conditions de travail effectives, je décide donc de ne plus me rendre à la Mutinerie, sans pour autant couper les ponts avec Ju. Il semble de bonne volonté pour améliorer ce qui peut et doit être amélioré ou changé. Il semble clairement n’avoir aucune velléité de sauver quoi que ce soit pour lui-même – pouvoir, ou part dans la Mutinerie, whatever. Quoi qu’il ait pu merdé, il semble prêt à réparer les injustices créées. Le passage en coopérative, puis lors de la réunion de décembre la rétro-déclaration des salariéEs « grévistes », ses propositions me semblent l’évidence de sa volonté sincère de répondre aux doléances des « grévistes », indépendamment des mensonges proférés. Face aux pressions diffuses de prendre parti, je reste méfiante à son encontre mais je l’écoute, lui demandant de me prouver et d’étayer autant que possible ce qu’il me confie. Il me permet alors, au fil des semaines, de lire les correspondances email, les pressions écrites qu’il reçoit, les mails insultants envers lui et l’équipe non-« gréviste », les rappels réguliers à garder la confidentialité sur tout ça (bah tu m’étonnes, c’était pas joli joli hein), et les propositions circonstanciées et constructives qu’il avance et qui restent sans réponse – des propositions claires et nettes de rétro-déclaration, et des pavés entiers sur les modalités d’un passage en coopérative et d’une collectivisation du fond de commerce, totalement ignorés ; en parallèle auront lieu la signature d’une reconnaissance de dette en son nom propre de plusieurs dizaines de milliers d’euros obtenue sous la pression, le versement de 5000 euros en liquide à un témoin, Pauline B. – ma partenaire d’alors qui refuse aujourd’hui de témoigner- chargée de les transmettre aux « grévistes », la rédaction d’une lettre d’auto-critique et d’excuses publique qui devait être validée par les « grévistes ». Je n’invente rien et surtout il ne s’agit pas de ce qu’il me raconte : je constate de visu en direct live ou presque. Pendant des semaines, puis des mois.

Le temps passe, et ce qui m’apparaissait au départ être une dénonciation maladroite et problématique mais certainement nécessaire d’un contexte de travail oppressif, s’apparente rapidement de plus en plus à du bullying mâtiné d’extorsion de pognon. Et je cesse donc effectivement de boycotter la Mutinerie dans l’hiver ; et mon soutien, émotionnel comme politique (mais non public) s’affirme à l’issue de ces premiers mois.

Le 31 décembre, Ju m’appelle et me donne un rendez-vous dans la foulée car il « doit [me] parler ». Complètement abattu, il se met à me parler de lui comme d’un monstre de misogynie, m’exposant l’ensemble de son passé affectif et relationnel comme si ces « aveux » étaient un dû, avant de conclure qu’empli de ses privilèges masculins il doit travailler sur lui-même et que d’ici là il doit se tenir éloigner « des femmes » et qu’il est donc préférable que je ne le fréquente plus.
Au-delà de ce bullshit sur les « femmes » qui revient continuellement dans les discours des « grévistes » depuis le début de la « grève » et qui commence à sérieusement me pomper l’air, je suis un peu sur le cul : rien dans ce qu’il me déballe – sur le ton de la confession des pires horreurs – ne me semble dépasser les conneries affectives de n’importe quelle jeune personne, y compris féministe, y compris moi, y compris toi qui me lis. Des erreurs, des essais foireux, des tromperies, des relations qui font du mal à tout le monde, des névroses qui nous pètent au nez quand on a 19 ou 23 ans : cool story, rien de neuf sous le soleil.
Il avait, je l’ai su plus tard, dans la journée fait un coming-out semblable auprès de son meilleur ami. C’est ce soir-là que j’ai vraiment capté l’ampleur de l’emprise dans laquelle il était ; manifestement persuadé d’être l’ordure décrite par les « grévistes », une grosse merde oppressive qui n’était même plus légitime à exister, il en venait à s’isoler de lui-même – pour celleux qui s’intéressent un peu aux dynamiques de harcèlement, ça devrait vous faire tilt.
Une fois balayée sa proposition à la con à laquelle je réponds donc en substance: «si tu ne veux plus me voir, tu me le dis et on fait ça, mais moi par contre je ne vais pas cesser de te voir parce que tu penses que tu vas me faire du mal sexisteeeuuuh : BIG BULLSHIT», on parle de son état : englué dans l’interdiction émise par les « grévistes » de parler à qui que ce soit des « négociations » en cours (et pour péter tu dois leur demander l’autorisation aussi ?!), il est seul, il ne parvient plus à sortir du lit, il pleure tout le temps, il ne voit plus d’issue.
Colère. Il faut qu’il brise cette injonction au silence, je ne peux pas être la seule à savoir comment se passe réellement l’évolution des « négociations », ça commence à me rendre ouf, il doit parler à d’autres, à l’équipe non-« gréviste », et commencer à se défendre ; et ça, je veux bien l’y aider.

janvier 2014
J’entame une relation d’ordre romantique avec l’incriminé.
Et, guess what ? je n’ai strictement aucun compte à rendre à personne des mes relations affectives et sexuelles. Bisous.

Printemps 2014
La situation est bloquée. De nos discussions avec un copain émerge une tentative de remettre le truc sur les rails ; les « grévistes » sont précaires, elles veulent cash les thunes en dizaines de milliers d’euros pour lesquelles le patron a signé, mais ne veulent pas être déclarées – en clair elles veulent 64335 euros au black et tout de suite. TRANQUILLES, c’est hallucinant que ça ne choque personne mais soit : après les 5000 premiers euros dont il n’existe plus de trace nulle part (bravo ‘témoin’), peut-être que la Mutinerie pourrait continuer à verser ces liquidités tant réclamées et mettre de côté chaque semaine de l’argent au black pour des versements réguliers . Donc dans l’espoir bien naïf d’aider à une sortie de crise, le copain rédige un mail où nous nous proposons comme intermédiaires pour la mise en place d’un échéancier de versements des sommes réclamées par les « grévistes », le versement immédiat de plusieurs centaines d’euros, et des dates de réunions pour reprendre les négociations.
Sans réponse, après quelques jours nous relançons, toujours par mail. Silence radio.

La seule mention qui sera faite de cette démarche sera que nous « tentons de les acheter avec de l’argent » (commentaire sur la page FB publique des Chroniks du Nègre Inverti, blog tenu par l’un les « grévistes »). Ok. Donc là, il devient clair que quoi que Ju fasse ou ne fasse pas, quoi qu’il propose, il est coupable et ça va pas s’arrêter.
Par ailleurs ça sera ma seule implication concrète dans la « grève ». Y a jamais eu de comité caché de soutien pro-patronal bourge-blanc pro-mojito.
D’ailleurs, en effet je suis blanche et jsuis pas née chez les prolos. C’est quoi sinon vos dossiers et votre CV à vous, chez les « soutiens des « grévistes » ? Mais surtout, que savez-vous des autres proches de Ju ? Que savez-vous de ces quelques personnes qui n’ont pas coupé les liens, qui l’ont elleux aussi soutenu émotionnellement ? Que savez-vous de la classe sociale, des conditions matérielles de vie, du vécu de ces personnes, qui ont décidé de le soutenir ou qui parfois n’ont rien fait de plus que ne pas couper le contact ? RIEN.
D’ailleurs de même, vous avez glosé sur la clientèle du bar sans y avoir parfois jamais foutu les pieds, mais il s’agissait là encore d’étayer votre grand récit de Grève Générale Contre la Bourgeoisie Fasciste. Manifestement vous ignorez que ce bar, s’il reste bien sûr un lieu festif pour plein de personnes qui ont du pognon à dépenser certains soirs pour picoler, est aussi devenu au fil des trois années un lieu ressource pour des genTEs. Non, vous, vous avez décrété que la Mutinerie était fréquentée par une clientèle fascisante (!!!), par des bourges adeptes de mojitos et autres lesbiennes umpistes voire frontistes. Bah écoute VIENS ! viens dire ça aux personnes queer, aux meufs trans ultra précaires économiquement et socialement qui viennent tous les jours dans ce lieu, où personne n’a d’obligation à consommer, pour rappel ; viens dire ça aux gouines à qui les bars et soirées lesbiennes mainstream ne s’adressent jamais ; viens dire ça à des personnes discriminées en raison de leur race, de leur précarité, de leur transidentité, qui viennent danser là où elles se sentent bien. Non mais jveux dire : assume, VIENS, viens voir de qui tu parles comme ça et si t’es pas déjà mortE de honte viens leur balancer dans la gueule.

C’est en tous cas à partir de cette so-called ‘tentative de silencier les « grévistes » avec de l’argent’ que des mentions de moins en moins allusives me concernant émergent dans des conversations qu’on me rapporte comme dans des listes mails et les communiqués des « grévistes » : la « nouvelle meuf du patron » (sic) va falloir la trasher publiquement.

ici une aparté sur les termes dont on m’a qualifiée :

la graphiste
Il s’agit je suppose de la formule la plus neutre que vous avez pu trouver pour vous adresser explicitement à moi dans les textes publics tout en gardant les formules moins policées pour d’autres types d’échanges. J’ai bon ?

Vous avez fait le choix, aussi, de me présenter dans au moins l’une des attestations officielles fournies aux Prudhommes comme une « salariée non-déclarée ». Un mensonge parmi tant d’autres.
Effectivement je suis (entre autres) graphiste et je travaille en freelance depuis 2007. J’ai dans ce cadre réalisé une partie de la communication du lieu (charte, affichettes) de façon déclarée (factures à l’appui). J’ai par ailleurs réalisé des flyers pour des évènements à la Mutinerie, gratuitement – my own choice. Pour information j’ai d’ailleurs réalisé gratis un certain nombre de flyers / com visuelle pour des évènements organisés par l’un des futurEs « grévistes » et plusieurs de leurs proches soutiens (coucou vous, bien ou bien ?).

Une meuf vénale qui couche pour sa carrière
J’ai envie de commencer par vous dire : et alors ? vous êtes putophobes aussi ou bien ?…
En tous les cas, dans la mesure où ma relation avec le Patron ne m’a à l’heure actuelle apporté ni promotion canapé (j’attends toujours un poste de Directrice Artistique correctement payé au sein de son entreprise, ou a minima le titre de Salope Officielle de la Mutinerie avec salaire en conséquence), ni changement de train de vie, ni rétribution symbolique (baiser avec le Grand Capital ne m’a pas exactement rendue populaire, j’attends toujours les opportunités que cela aurait du m’offrir), ni ni ni… je constate que mon plan machiavélique pour gagner thunes, pouvoir et popularité a foiré. Merde alors.

La meuf du patron
Waouh. Féministes, on vous dit.
Je n’ai plus de prénom et peu importe la réalité à chaque moment de ma situation amoureuse, de mes relations romantiques et sexuelles, je me réduis à une relation de subordination affective avec cadre de référence hétéronormatif borné (présomption de monogamie + termes hétérosexistes auxquels Ju et moi-même ne nous identifions pas. Je ne suis pas la meuf d’un mec.).

relevant de la même rhétorique hétérocentrée bien pratique pour pourrir un mec trans et faire passer des meufs queer/gouines pour des FâmesVictimesD’UnHomme (welcome chez les radfem à la française?), je serai aussi présentée comme :
l’une des victimes de la mise en concurrence des femmes par le patron.
OMG on n’aura jamais autant entendu le mot « femmes » que pendant les premiers mois de la « grève », jusqu’à l’écœurement . Une fois encore, si certaines se reconnaissent dans cette grille d’analyse hétérocentrée, grand bien vous fasse, je ne me sens pas concernée.
Un mec trans n’est pas un mec cis #breakingnews et une meuf queer et un garçon trans qui baisent/relationnent, ce n’est PAS une relation hétéro, vous voulez vraiment vous faire plus bêtes que vous ne l’êtes ?…

Par ailleurs, brisons le tabou que la « gréviste » à l’origine de cette rhétorique queerphobe n’a jamais eu besoin d’aide pour instaurer en tous temps et partout de la concurrence avec TOUTES les (réelLEs, potentielLEs ou fantasméEs) partenaires de ses amantEs – à coup de moqueries, y compris sur le physique, d’intimations à cesser de voir telle ou telle personne, de mensonges minables et d’insultes (tu sais quoi, les « pouffes » t’emmerdent. Et assume surtout que t’es gravement jalouse, ça arrive à des gens très bien et d’ici que tu regardes ça en face personne n’a à le prendre en charge pour toi.)

Je vais de plus ici ré-enfoncer le clou : l’ensemble de la rhétorique (les termes récurrents suivants : « homme de visibilité hétérosexuelle », « sexisme », « femmes femmes femmes femmes FEMMES FÂÂMES ») développée depuis le début de la « grève » pour trasher le passif affectif du patron et les relations romantiques/affectives/sexuelles qu’il peut entretenir a été construite par le biais d’une grille d’analyse hétérocentrée, bien pratique pour nier les rapports de pouvoir tout autres (comme la transphobie, au pif) qui s’établissent parfois au sein des relations affectives queer.
Vous avez fait passer Ju pour un homme hétérosexuel dès votre premier texte : C’EST TRANSPHOBE (soyons sérieuSEs, l’excuse de la maladresse est juste pathétique). Vous avez été interpelléEs à ce sujet, mais vous n’avez jamais vraiment fait machine arrière, ou seulement du bout des lèvres et sans vouloir reconnaitre ce qui était problématique dans ce biais de départ, attribuant à vos opposantEs des propos que nous n’avons jamais tenus : contrairement à ce que vous affirmez, pointer la transphobie de votre discours n’a jamais consisté à dire que « si Ju n’était pas patron il serait précaire alors laissez-le tranquilleeeuuuh », par exemple. Non, il s’est toujours agit de rappeler que FAIRE PASSER JU POUR UN CONNARD HETEROBIO SEXISTE ET HARCELEUR QUI A REPRIS UN BAR DE GOUINES, C’EST FAUX ET TERRIBLEMENT TRANSPHOBE. Parce que vous cautionnez la transphobie haineuse de Assia, que Ju et bien d’autres se sont pris dans la gueule. Et parce qu’aujourd’hui encore, plein de genTES croient que Ju est un mec hétérocis et se positionnent dans le conflit en fonction de ça. La fin justifie les moyens, aussi dégueulasses soient-ils, c’est ça ?

Une victime d’agresseur
Merci d’identifier à ma place de quoi je suis victime, je suis certainement bien trop conne pour m’en apercevoir (féminisme paternaliste, bonsoir).
Par ailleurs, permettez-moi de noter que si vraiment je suis la pauvre femme victime d’un homme hétérosexuel abuseur, violeur, manipulateur, sexiste, harceleur et menteur (tel donc que fut présenté Ju), tenter de m’isoler de l’ensemble de la communauté queer féministe est très certainement une réponse politiquement pertinente, aucun problème de ce côté.

Une complice d’agresseur
Refuser de couper tout lien avec une personne accusée d’agression (et par ailleurs minorisée à bien des égards d’un point de vue systémique, EN CLAIR ON NE PARLE PAS D’UN AGRESSEUR HÉTÉROBIO), c’est en être complice ?
Là aussi, je dis : ne changez rien, vous êtes politiquement brillantEs. Même pas envie de détailler la bêtise crasse de ce raisonnement toxique.

Et pour revenir sur ces deux derniers termes (victime ou complice), vous me voyez ravie de retrouver, une fois encore, la bonne vieille réthorique binairement débile. Les Agresseurs, les Victimes. Les Méchants, les Gentils. L’un ou l’autre. Définitivement, entièrement et par essence. C’est simple la vie comme ça, c’est chouette.

Fin de l’aparté « vocabulaire ».

juillet 2014
je me rends au UEEH à Marseille avec Ju et deux copains. Je détaille un tout petit peu plus bas le déroulement desdites UEEH – qui méritent un paragraphe à lui tout seul – épisode dont j’ai cauchemardé pendant les mois qui ont suivi et date à partir de laquelle les mentions et mensonges me concernant ont pris une ampleur certaine.

Voilà.

Une seule de toutes mes ex-camarades et ex-amies, Sarah F., a au moins eu la décence de me signifier par écrit la fin de notre amitié à la fin de cet été-là. Au-delà de l’anecdote d’un retournement de veste sacrément opportunisme (Sarah ayant vu sa formation de formatrice d’auto-défense féministe financée par la Mutinerie à une époque où manifestement côtoyer un « patron débile » ne la gênait pas, et si aujourd’hui elle peut présider son association d’autodéfense ARCA-F c’est bien en partie grâce à une formation financée par la Mutinerie), ce que dans son mail j’ai lu (entre autres choses) de paternalisme, son analyse « bienveillante » de mes relations affectives, ses leçons de morale « en toute amitié », tout le mal qu’elle me souhaitait « pour mon bien », et qui s’achevait par la conclusion que j’étais ou en dépression, ou passée du côté des agresseurs, m’ont laissé un sacré arrière-gout d’infantilisation. Je te déçois ? Pardon ? T’as sérieusement cru que t’avais ton aval à donner concernant ma vie, mes relations, ou ce que je fais de ma chatte ?! Pour la blague, t’es sacrément bien placée pour juger, d’ailleurs. Va mourir avec ta rupture amicale « pour mon bien ». Bref. Ce mail me fait mal augurer des raisons profondes de l’ensemble de ces abruptes fins de relations.
Qu’est-ce qui a été si insupportable pour vous ? Que je ne réagisse pas comme il (vous) fallait ? Que je me désolidarise des dynamiques pro-« grévistes » face au constat de visu qu’autre chose se jouait ? Que je ne pense pas comme vous parce que je voyais autre chose ? Que je fasse des choix affectifs qui vous déplaisent ? Comme si le fait que je baise ou fréquente une personne – que certainEs d’entre vous détestiez déjà AVANT la « grève » (ça aussi, ça gagnerait à se savoir), était un évènement insupportable. Qui nécessitait une exclusion définitive et active de vos cercles amicaux, affectifs, militants, politiques. Sans aucune autre explication que les attaques publiques.
Mais dont acte. « Ca fait le tri », vous vous rappelez ?

Mais oui, forcément, il était important que je conclue tout ceci en prenant une fois pour toutes la parole, qui s’adresse évidemment en priorité à ces personnes qui ont considéré que m’exclure sans regard et sans explication était une réponse juste.

Au-delà d’avoir complètement merdé politiquement, vous êtes humainement vides.

La fin justifie les moyens – UEEH 2014

Il y aurait beaucoup à dire et écrire sur les méthodes de tous ordres employées depuis deux années par les « grévistes » et leurs soutiens, et notamment les intimidations envers toute personne perçue comme soutien à Ju. La ligne du parti est claire, stalinisme bonsoir : toute personne blanche qui ne soutient pas la « grève » est unE facho raciste, toute personne racisée qui ne boycotte pas la Mutinerie ou ne se positionne pas subit menaces, intimidations et injonctions (et je reprends là les termes exacts d’une personne m’expliquant ce qui l’avait amenée à me bloquer sur FB avant de prendre la décision de revenir là-dessus), quand elle ne se fait pas tout simplement traiter de caution bounty, incendier par message privé et silencier.
Avez-vous seulement conscience que vous rencontrez / côtoyez / tissez des liens avec des personnes qui n’osent pas vous dire qu’iells ne boycottent pas la Mutinerie ni Ju ni moi-même, voire qu’iells apprécient ce lieu comme iells nous apprécient ? Est-ce que vous vous rendez compte que si ces personnes n’osent pas révéler qu’iells n’adhèrent pas à votre merdier, c’est uniquement par crainte d’être exclues des tissus communautaires et militants, d’être tricards d’espaces et de groupes dont iells ont besoin ?

Bref, ces méthodes d’intimidation, ces menaces, ces agressions, ont atteint un certain point de non-retour lors des UEEH 2014 dont nous sommes partiEs au bout de trois jours, face à la présence d’un groupe de soutiens pro-« grévistes » dont les faits peuvent être ci-dessous résumés :

NOUS sommes venuEs pour participer aux UEEH, ni plus ni moins.
VOUS êtes venuEs chaque jour sans aucun autre but que d’étaler vos mensonges dégueulasses et tenter de nous foutre suffisamment la pression pour qu’on se casse– et vous osez aujourd’hui présenter les choses comme si c’était nous qui vous avions harceléEs pendant ces quelques jours (cf tous vos derniers textes publics). Mais pourtant c’est bien vous qui n’avez eu de cesse de nous en foutre plein la gueule sous les yeux médusés, impuissants et tétanisés des orgas et de bien des participantEs. En vrac :

> Vous avez écrit et soutenu publiquement des accusations explicites de harcèlement sexuel à l’encontre de Ju, accusations abjectes inventées de toutes pièces par les « grévistes ».
Je crois que vous ne saisissez pas bien l’ampleur de la gravité de ces faits, j’insiste donc : c’est de la diffamation publique et de la dénonciation calomnieuse. C’est très grave. Ca détruit des gens. Ca pourrait aller en justice, puisque ce sont vos méthodes. C’est tellement honteux aussi de la part de féministes, à l’égard des milliers de réelles victimes de harcèlement sexuel au travail.

> Vous avez un soir menacé une personne, parce que vous l’identifiez comme un proche de Ju.

> Vous nous avez adressé publiquement sans que personne ne réagisse des menaces à peine voilées – comme l’évocation de la nécessité pour Ju d’avoir un « garde du corps ». Ou alors était-ce pour se foutre de sa gueule ?

Puis vous avez éclaté de rire quand nous (Ju, moi et certainEs de nos amiEs) vous croisions dans les couloirs et que nous étions visiblement très angoisséEs.
Je réitère mon constat d’une jouissance récurrente plus que suspecte de la part de plusieurs d’entre vous dans votre campagne de soutien à la « grève » ; plusieurs d’entre vous, donc, qui vous auto-kiffez dans un délire de violence fantasmée particulièrement lâche et pathétique.

> Vous avez bruyamment éclaté de rire lorsqu’une agression sexuelle commise par Assia sur Ju fut pour la première fois publiquement évoquée. Vous avez sciemment tenté de recouvrir par vos voix, vos rires, cette dénonciation d’agression caractérisée.

> Vous avez mis en place un climat d’intimidation tel, que personne n’a osé (et on parle bien d’une centaine de témoins de la scène) réagir et relever le caractère grave et choquant de cette silenciation. Il n’y a eu aucune réaction ni aucune suite.

> Et enfin, j’en viens à l’altercation physique qui m’a valu d’être donc taxée de « violente » dans les texte publics des « grévistes » et dans une attestation officielle aux prudhommes qui donne mon identité complète – vous ne reculez devant rien, vous n’avez décidément ni honte ni scrupules :

C’est dans le climat de merde décrit plus haut que je croise Ediz. On se connait depuis 2009 je crois, suffisamment pour avoir passé un certain nombre de soirées ensemble, touTEs les deux ou avec d’autres. On est potes, potes sans aucun antécédent.
Mais je n’ai même pas le temps de dire « salut ». « Si tu crois que je vais dire bonjour à une sale raciste comme toi » fut très précisément ce qui sortit de sa bouche, tout sourire.
Rien ne m’avait laissée penser que Ediz en était là vis-à-vis de moi ; on avait bu un verre chez moi au printemps. Je tombe des nues.
Je m’éloigne immédiatement, estomaquée et en larmes, et pars m’assoir en dehors de la soirée. Je n’en reviens pas. Je ne comprends pas. De quoi parle-t-il ?
Je me calme. Au bout de 10 minutes, je me relève et je parcours le chemin dans l’autre sens afin de lui demander ce que recouvre précisément cette accusation de racisme : non parce que sérieusement, qu’il s’agisse de se défendre, de plaider coupable, de réparer, la moindre des conditions préalables est forcément que l’accuséE ait connaissance des faits qui lui sont reprochés. Je ravale mes larmes, je retourne voir Ediz et lui demande à quoi il fait référence, qu’est-ce que je lui ai fait – Ediz est racisé. Face à ses réponses vagues « je l’ai toujours su, avec Machine, que t’étais raciste » j’insiste, je demande des précisions, je veux savoir : « ça fait 5 ans qu’on se connait, putain dis-moi ce que je t’ai fait, de quoi tu parles ? ». Il poursuit ses réponses vagues et goguenardes. Il ne me demande pas de m’éloigner ou de ne pas lui parler. Pour autant, c’est précisément à ce moment que vos clébards de garde – qui, manifestement n’attendent que ça – se rapprochent, nous entourent et m’intiment de cesser de lui parler ; je les ignore et je réitère ma question. Ielles me tombent alors à plusieurs (je n’ai pas pu me rendre compte du nombre que je situerais, fourchette large, entre 4 et 7 personnes), et leurs mains sur moi provoquent une montée de panique et de rage en moi. A partir de là et jusqu’à ce que je me retrouve seule à environ 100mètres de la soirée, je n’ai pas vraiment de souvenir et je retranscris ici ce que des témoins ont pu me raconter : J’étais maintenue par plusieurs personnes, j’ai tenté de me dégager, j’ai donné des coups, et j’ai mordu un bras. L’un des deux amis venus avec Ju et moi aux UEEH était présent, et a tenté d’entrer dans la mêlée pour m’aider mais il s’est fait tout de suite pousser et dégager. Je me suis débattue jusqu’à ce qu’enfin quelqu’une hurle à plusieurs reprises de me lâcher (c’est le seul truc dont je me rappelle, sa voix), que soudain plus personne ne me retienne et que je pique un sprint vers la forêt. Voilà pour ma violence.

Donc oui, j’admets sans problème avoir paniqué, ouais j’ai pété un câble en voulant me débarrasser des bras qui me tenaient, ça s’appelle se débattre en fait. Ça s’appelle se défendre. Vous étiez 4, 5, je sais plus combien, sur moi, contre moi. Je suis allée jusqu’à mordre l’une des mains parait-il – je n’ai en particulier aucun souvenir mais, ok, je suis prête le croire. J’admets ne pas du tout m’être laissée faire quand vous m’avez choppée à plusieurs, j’admets avoir tout fait pour que vous me lâchiez, j’admets y avoir mis toute mon énergie, ma panique et ma rage. Voilà. Et je ne m’excuse en rien de ma réaction, vraiment. Je ne m’excuse aucunement de me défendre contre vous, y compris quand vous m’attaquez physiquement.
Mais vous avez fait le choix d’ignorer complètement la réalité de ce qui s’est passé et de me présenter comme une personne violente qui pète la gueule des « grévistes » et/ou de leurs soutiens, de sang froid. Et donc de m’accuser d’agression et de présenter encore aujourd’hui cet évènement comme un acte violent et politique de ma part.
Bravo, bravo à la stratégie déployée, étayer cyniquement par tous les moyens possibles vos propos. Faire coller tant bien que mal mais sans scrupules le réel à votre récit délirant.

Je suis donc accusée d’actes violents, dans les textes produits depuis par les « grévistes » mais également aux prudhommes dans la procédure engagée contre Ju. Attends je t’explique ça.
Je te parle de Lucie. Je parle d’une amie de 10 ans. Je parle du paragraphe un peu plus douloureux à écrire que d’autres, là.
Lucie était donc. Je croyais. Une amie proche. Tu sais, ce genre de personne où tu te dis que bon, vous serez toujours potes quand vous serez des ptites vieilles. Le genre de personne en qui t’as confiance, que t’as envie de garder dans ta vie, que ça te fait toujours de la joie de la voir. Ce genre de connerie. Une personne que t’aimes : pas une pote hein, une amie. Ce genre de connerie. Qui a partagé des moments pas marrants et t’as soutenue, et inversement. Alors donc. Nous ne nous étions pas parlé depuis je crois janvier. Situation difficile : elle aussi connait Assia depuis des années, et avait fait le choix d’être soutien des « grévistes » depuis le début. Nous avions échangé des mails, des coups de fil. Un mail, le dernier, qui promettait combien oooh notre amitié n’était pas en jeu. Après, on était restées dans le silence, à 800km c’est facile de remettre à plus tard un coup de fil j’imagine, et plus on tarde plus c’est difficile, tout ça enflait tellement et sans doute se demandait-elle autant que moi « elle en est ? ». Enfin, je croyais. Juillet 2014, UEEH, donc. Le soir de l’arrivée en fanfare des pro-grévistes aux UEEH avec tracts dégueu et t-shirts débiles, elle était là avec elleux. Elle en était , donc. Putain il se passe quoi ? Iells font le pied de gru devant les bâtiments. Quand je suis sortie, je sais plus, le soir, en mode « j’m’en branle », elle était là assise par terre pas loin. Et elle ne m’a jetée un seul putain de regard. Je suis restée scotchée. Jveux dire : je n’y croyais pas. J’ai répété plusieurs fois en boucle « elle a pas du me voir. elle a pas du me voir ». Un pote, ou Ju, je sais plus, m’a éloignée gentiment, « laisse tomber ». Je sais pas comment décrire ce qui s’est passé : y a vraiment un truc qui s’est brisé. En morceaux, plus de sang dans la tête et envie de vomir. Un truc qui a duré quelques secondes et qui a occupé la majorité de mes cauchemars les mois qui suivirent. Un truc sur lequel il est impossible de mettre du sens.
Abasourdie, dévastée, écœurée.
Elle est revenue avec sa bande chacun des 3 jours pendant lesquels on est restéEs. Elle s’est marré avec ses potes en me croisant dans un couloir – je suppose que ça se voyait sur ma tête, que j’étais en vrac et angoissée comme je l’avais jamais été, ça devait être vachement drôle en effet de savoir qu’on peut faire cet effet-là sur des gens, qu’on a ce pouvoir. Elle a rigolé tout fort quand était lu le texte du Ju évoquant l’agression sexuelle commise par Assia. Elle a participé avec délectation manifeste à un truc tellement, tellement laid. Tellement injuste, au sens le plus fort de ce terme. Et puis un soir en la croisant, le deuxième soir peut-être je sais plus, je lui suis rentrée à moitié dedans, volontairement. Parce que ça rend malade, ça n’a tellement aucun sens que quelqu’un qu’on aime puisse à ce point clore unilatéralement toute forme quelconque d’échange, sans un mot, sans un regard, et dans un éclat de rire. Genre : tu n’existes pas et t’as dû rêver notre amitié bouffonne. Alors, ouais, un soir, une impulsion, je l’ai bousculée d’un coup d’épaule en passant. Pour provoquer, quoi, n’importe quoi. Qu’on se hurle dessus, qu’on se dise quelque chose; que le regard existe, au moins une fraction de secondes. Mais non, rien. Rien.
Et puis on est partiEs, je sais plus, le lendemain.

Et des mois, des mois plus tard. Je me retrouve avec sous les yeux et dans les mains une attestation à charge contre moi, fournie au tribunal, donnant mon prénom de naissance et mon nom, la totale quoi.
Rédigée par Lucie.
Mon estomac, il a re-fait *zbling* en miettes par terre.
Il s’agit d’une attestation fournie au tribunal des prudhommes pour assoir le dossier des « grévistes », dans le but de prouver le « caractère violent « de « l’entourage du patron » et les « pressions subies par les grévistes et leurs soutiens ». *je vais vomir*
Alors, dans son attestation, elle écrit que j’ai mis mon poing dans la gueule, de sang-froid, à une pote à elle. Voilà. Délire complet. Genre, gros mensonge sous serment, baah on s’en fout hein, tranquille. Lucie étaye ensuite son attestation avec ce fameux « coup d’épaule ». Et n’omet pas, donc, de donner mon identité – on se demande bien ce que ça apporte, à part quoi, le kiff de filer mon nom à la justice ?
Comment t’as pu tomber aussi bas. Qu’est-ce qui s’est passé. Pourquoi. POURQUOI. Qu’est-ce que je t’ai fait putain. J’ai tourné ces questions en boucle, ça rend malade. Tu me rends malade. Notre amitié passée me rend malade. Malade parce qu’il n’y a aucun sens à ça. Tu pourras manier tous les discours politiques de façon aussi brillante que possible – et oh jte fais confiance pour ça – t’as juste oublié de me considérer comme une personne, à défaut d’une amie. Alors oui je t’ai bousculée d’un coup d’épaule en te croisant. Et tu sais quoi, ça ne vaut pas le quart de ta violence émotionnelle et silencieuse, de ta trahison amicale, du harcèlement auquel tu adhères aujourd’hui, toutes choses dont j’ai cauchemardé de façon récurrente jusqu’à l’hiver et qui me reviennent encore parfois la nuit.

Année 02

automne-hiver 2014-2015
Je sors de cet été laminée. Pour clore en feu d’artifice, on se fait casser la gueule par deux mecs, une nuit d’août. Mais un œil au beurre noir ou une lèvre fendue c’est pas vraiment douloureux, c’est rien à côté des pertes et de l’isolement dont je commence à capter l’ampleur.
J’ai perdu quelques-unEs de mes plus proches amiEs et un grand nombre de copainEs et camarades. Exclusion active, ou silence complet dont il n’est pas très difficile de tirer les conclusions. Des relations que j’ai cru parfois fortes et importantes et qui n’ont manifestement compté que pour moi, étant donné la facilité avec laquelle je fus évacuée de leurs vies. Comment expliquer la peine, le chagrin, la blessure que ça fait, de se rendre compte de ça ?
Avec d’autres, plus nuancéEs, sans position ou peu impliquéEs, le malaise est de toutes façons palpable, les échanges laborieux parce que trop de sujets sont désormais tabous ; je fréquente Ju et ça pue quand même un peu ; dans l’autre sens, je n’ai plus suffisamment de ressource émotionnelle pour digérer qu’on puisse d’une façon d’une autre minimiser ce qui se passe depuis près d’un an. Je suis à cran et je rentre de ces rencards amicaux déprimée, abattue, parfois en larmes. Je prends de la distance avec ces relations désormais abîmées. Enfin, Pauline B. ma désormais ex-partenaire est à présent clairement en soutien des « grévistes » et cautionne leurs mensonges, notamment en refusant de témoigner des quelques milliers d’euros qu’elle a reçu des mains de Ju et qu’elle a versé aux « grévistes ». Je ne veux plus jamais avoir à faire avec cette personne avec qui j’aurais perdu 3 années.
(Edit, ajout février 2018 : à l’automne 2017, des années après le début de tout cela, Pauline se retrouvera en pleine nuit à barbouiller la vitrine et le trottoir de la Mutinerie de tags et d’affiches délirantes, reprenant peu ou prou la rhétorique pénible de la « grève » et la mêlant à diverses accusations nouvelles, dans un passage à l’acte assez malaisant… Move on meuf. Oublie-moi, oublie Ju, c’est vraiment gênant).
Le fait que tant d’évènements et de moments des dix dernières années de ma vie soit liée par tant de façons à ces personnes me dégoute. Je voudrais ne les avoir jamais rencontrées. J’enterre mon chagrin sous la colère, la rage. Je tourne en boucle dans l’incompréhension de ce qui s’est passé. Comment ai-je pu à ce point, depuis si longtemps parfois, me tromper sur certaines de mes plus chères camaraderies et amitiés ? Qui toutes drapées de leur bonne conscience éminemment politique, sans un regard pour ce qui fut vécu ensemble, adhèrent à tout ce que nos communautés produisent de pire
au mensonge et à la manipulation avérée mais c’est-pas-grave-ya-pas-de-fumée-sans-feu,
au harcèlement individuel,
à l’exclusion pour divergence de point de vue,
à la légitimation de toute forme de vengeance au nom du statut autoproclamé de victime,
aux petits commandos de la terreur,
à l’économie de toute réflexion au profit de positionnements de principe nourris de mots vidés de leur sens – de apartheid à grève, on pourrait en faire ici un abécédaire,
et enfin, au pouvoir certainement jouissif et satisfaisant que toutes ces méthodes indéfendables et dangereuses confèrent.
L’écœurement, l’envie de vomir.
Je fais une dépression. Plus envie de voir quiconque et je dors 12 heures par nuit.
Je ne vois pratiquement que Ju cet hiver-là, le rôle de soutien s’inverse. Chaque rare sortie, je prends mon énergie à deux mains. Affronter les gens qui vous fusillent du regard et les bonjours gênés. Je vous emmerde. On me fera le reproche que franchement, ça se voyait pas que c’était si douloureux ce qui se passait pour toi, tu donnais vachement le change, et quand même quand tu sortais t’avais l’air Beyoncé. EXCUSEZ MOI DE PAS M’ÊTRE ROULÉE EN BOULE EN PLEURANT AU MILIEU DES MANIFS.

Depuis, une seule personne a eu les ovaires de s’excuser de tout ça, j’en ai chialé et qu’il en soit encore ici remercié – a contrario de celleux qui, aujourd’hui certainement hésitantEs sur la pertinence de leur positionnement de l’époque, font à mon égard comme si tout ceci n’avait pas existé *salut ça va lala lala lalala* : allez vous faire voir, sérieusement, me prenez-vous en plus de tout ça pour une imbécile à la mémoire si courte ?

Ceci dit, je n’oublie pas non plus que quelques rares personnes, qui savaient très bien que la Mutinerie et que Ju n’étaient pas ce qu’on en disait, n’ont pas cédé au rouleau compresseur du chantage à l’insulte et à l’exclusion, alors que de cette intégrité elles n’avaient rien à gagner et tout à perdre. Je n’oublie pas non plus que ces mois-là, et aujourd’hui encore, je côtoie et rencontre des personnes qui (re)connaissent les dynamiques de harcèlement, des personnes lucides sur le grand n’importe quoi de cette grève de façade. Ironiquement, mais sans doute n’est-ce pas un hasard, il y a parmi elleux bien des personnes qui furent exclues et/ou repoussées à la marge de ces milieux communautaires, ou encore sujettes à rumeurs pour les langues toujours avides de ragots satisfaisants.
Mais reconstruire des liens, reconstruire de la confiance, ça a pris, ça prend, ça prendra du temps.

En février, je vais avec Ju assister à une conférence pour la sortie d’un docu. Une « gréviste » est là et exige notre départ. Moi, pourquoi, si ce n’est par association ? ma présence « met mal à l’aise » et puis j’ai « écrit des textes » (j’y reviens plus tard). C’est pathétique, on continue de toucher le sous-sol de l’action politique. Inutile de faire un esclandre, c’est pas le lieu, alors on se barre. Un autre « gréviste », João Gabriell, écrira ensuite sur son blog « Les chroniques d’un Nègre inverti » (depuis devenu « Le blog de João ») que notre présence dans la salle devait « servir à redorer notre blason ». Bien sûr, chacun de nos faits et gestes tourne autour de vous. Pauvre naze, sérieux…
(Edit, ajout février 2018 : Aujourd’hui blogueur en vue et reconnu des luttes antiracistes et décoloniales, il semble que João évite TRÈS soigneusement toute mention relative à la « grève à la Mutinerie », et tente de faire oublier sa participation peu glorieuse à tout cela ; un grand silence répond aux quelques rares allusions étonnées (ou non) qui ont pu lui être faite via FB ou Twitter. Alors João, dis-nous, est-ce que tard le soir tu y penses ? Jusqu’à quel point parviens-tu à justifier à toi-même ta participation honteuse ? Mais peut-être que les thunes que tu y gagneras in fine, notamment en faisant passer auprès des prudhommes le temps partiel effectué à la Mutinerie pour du temps plein, t’aident à avaler ta propre soupe ?)

7 mars 2015
Une fois encore, c’est avec une boule dans la gorge et un xanax dans l’estomac que je décide de me rendre à la soirée organisée par 8 Mars pour TouTEs. Cette fameuse soirée qui aurait vu une « gréviste » se faire balafrer par un nervi de la bourgeoisie. okayyy. On va remettre deux trois trucs à leur place d’accord ?
Quand vers 22h, Assia et plusieurs de ses soutiens arrivent à la soirée, je les ignore. On me regarde en ricanant mais j’emmerde leur intimidation pourrie. L’ambiance est tendue, je suis dans leur collimateur, moi ainsi qu’un copain trans (appelons-le X). Tout le monde, orga incluse, ignore l’évidence : ni Assia ni ses potes ne semblent là dans l’optique de profiter, tout aussi légitimement que moi ou que d’autres, de la soirée, et l’ambiance est salement au mauvais fixe. Dès son arrivée et pendant les deux heures et demi qui ont suivi, Assia n’aura de cesse de me faire objectivement chier : se positionnant à moins d’un mètre de moi, elle se fout ouvertement de ma gueule, ricanant le doigt pointé sur moi, m’interpellant par mon nom de famille (elle aime bien faire ça, Assia, t’interpeller façon prof qui claque des doigts), cherchant mon regard, me montrant à des personnes que je ne connais pas. C’est difficilement supportable, j’ai envie de lui hurler dessus mais je connais sa tactique et je sais très bien qu’elle endossera le rôle de victime version Actors’s Studio si jamais je réponds à ses conneries. Alors je l’ignore. On me dira plus tard que j’aurais du alerter les organisatrices de la situation : pardon ?! l’absence de soutien depuis des mois, la prise de position publique de 8 Mars pour Toutes en faveur de la « grève », l’ignorance délibérée des orga de la situation explosive de cette soirée, rien n’était fait pour me laisser penser une seconde que cela me serait d’une quelconque aide.
Etant donnée la suite des évènements ce soir-là, je me suis remerciée, littéralement en boucle dans la nuit, d’avoir laissée Assia seule dans son jeu de provo à 4 sous. La soirée se finit sur la bagarre entre Assia + ses potes et X, le copain ci-dessus mentionné, mec trans racisé, qui finit embarqué par les keufs ; X est également dans le collimateur des « grévistes » depuis longtemps et a subi peu ou prou le même harcèlement de la part de Assia tout au long de la soirée, et l’escalade – je le redis – était prévisible. La version, une fois encore délirante, donnée par les « grévistes » et leurs soutiens de cette soirée transformera cette altercation en une séance de représailles anti-grève orchestrée par Ju et/ou moi-même. Ju n’était même pas présent ce soir-là et n’était à cette époque plus du tout en contact avec X depuis des mois. Mais peu importe, le mauvais roman de la « grève » doit continuer à s’écrire coûte que coûte. Nous manipulons donc, parait-il, cette personne chargée de nous défendre. Ce qui permettra aux « grévistes » de justifier publiquement d’attaquer en justice une personne trans, racisée et précaire, et faire passer ça pour de l’action anti-raciste et de la justice sociale. MAGIQUE.
Ça va plus loin que tout. Au-delà d’appeler les keufs, au-delà même de porter plainte, Assia fournit plusieurs attestations, une fois encore complètement mytho, du déroulement de la bagarre. Et surtout, elle prendra par la suite la décision de se constituer partie civile et demandera jusqu’à 18000 euros de dommages et intérêts à X (revus plus tard à la baisse autour de 3500 euros). Assia sait très bien que X est précaire, et pas de cette précarité choisie de certainEs squatteurEUSEs de la communauté. Elle sait également très bien que X est sous le coup de 5 mois de sursis pour une bagarre passée liée aux propos sexistes et lesbophobes qu’il avait reçus.
Deux des témoignages bidons qu’elle fournit jouent un rôle déterminant dans les réquisitions du Procureur, qui demande 18 mois de prison, dont 8 fermes, et quelques milliers d’euros d’indemnités. Assia n’a aucun scrupule à faire cracher plein de pognon à une personne précaire et lui faire risquer, juste, tout simplement, la taule.

On me répondra que seule Assia est impliquée : elle a seule appelé les keufs, elle a seule porté plainte, elle s’est seule constituée partie civile, elle a seule demandé des milliers d’euros d’indemnités, elle a seule joué en toute connaissance de cause sur le fait que la personne qu’elle envoyait à la Justice avait du sursis sur la gueule.
Mais BULLSHIT : les « grévistes » ont défendu et assumé collectivement sa plainte dans le texte public qui a suivi la soirée, l’ont revendiquée comme un outil de lutte défendable, légitime, cohérent. Et ne se sont jamais publiquement désolidariséEs de la procédure depuis lors – comment vous pouvez encore vous regarder dans la glace ? Quant à tous ses soutiens, iells sont aussi directement responsables pour avoir laissée Assia en arriver là. Vous minimisez voire adhérez depuis au moins deux ans (et bien plus pour certainEs) à ses méthodes : il est vraiment trop facile de s’en laver les mains quand « ça va trop loin ».
Le verdict tombé ce matin évite finalement la prison ferme à X, mais pas 9 mois de sursis et quelques milliers d’euros à verser à Assia. Vous êtes co-responsables de tout ça. Ce n’est que l’aboutissement logique et redouté des « politiques » de plus en plus destructrices de Assia, que vous validez et soutenez depuis si longtemps.
Et pourtant, il y a malheureusement fort à parier que les anti-autoritaires anti-keufs anti-justice-bourgeoise anti-prison que vous êtes vous arrangerez suffisamment avec tout ça pour rester à l’aise dans vos baskets – on s’accommode de tout, n’est-ce pas.

Le lendemain, dimanche 8 mars, plusieurs des « grévistes » et leurs soutiens sont présentEs, tout comme Ju et moi, à la manif au départ de Belleville. Pendant la marche, Noam, un des soutiens/potes passe à plusieurs reprises son pouce sur sa gorge en fixant Ju, devant témoins – dont Johanna R., une membre du SO de la manifestation, pro-« gréviste », qui n’a pas jugé bon d’intervenir. TRANQUILLE. TOUT VA BIEN. PAS DE PROBLÈME.

Pour la blague, parce que parmi vous y a quand même du monde qui a vraiment rien à foutre de ses journées à part s’accrocher de toutes ses forces à son bashing : le surlendemain, lundi 9 mars, abattue, je reste au lit. Mes copines de l’émission de radio à laquelle je participe d’habitude me font une petite dédicace en direct. Une meuf que je ne connais pas nous écrit alors de Marseille pour nous informer qu’il est « malvenu de me saluer ». #pauvremeuf

Dans les jours qui suivent, le torchon vaudevillesque pondu par les « grévistes » est notamment relayé publiquement par une ex-amie proche (Sarah F., cf. occurrences précédents dans le texte) et par mon ex-partenaire (Pauline B., idem). J’en déduis donc qu’elles cautionnent en toute connaissance de cause (supposer le contraire serait une insulte à leur intelligence) cette version de l’histoire qui reporte in fine la faute de « l’agression » notamment sur moi. Des menaces explicites (dans lesquelles Ju et moi-même allons devoir « payer très cher ») émanant de João Gabriell (l’un des « grévistes », pour rappel) suivent en commentaire de la publication de ce texte sur le FB de mon ex-partenaire.
Une fois encore, je suis envahie de l’écœurement d’avoir pu, une seule seconde de ma vie, aimer ces personnes.

fin mars 2015
Trois personnes du milieu queer/TBPG de Toulouse, Lee, Clem, et un.e inconnu.e, font circuler une pétition pour demander notre exclusion de la Easter BDSM Conference de Berlin qui a lieu début avril. Je constate donc que nos déplacements sont littéralement surveillés. Cette pétition (non mais ça va bien le RIDICULE ?! boufonNEs) est envoyée aux organisatrices de la conférence.
Les auteurEs se vantent du nombre d’évènements dont nous avons été excluEs.
Nous en sommes donc là.
L’orga, manifestement peu encline à céder à ce type de manipulation toxique pour des embrouilles dont elle n’a que faire, nous fera part de son soutien. Nous sommes bienvenuEs à la Conf et iells se chargent d’organiser la répartition des espaces pendant l’évènement entre les pétionneureuses d’une part et Ju et moi-même d’autre part.

été 2015
je suis invitée à venir passer de la musique dans une soirée TBPG, en Bretagne. Là encore, il se trouvera du monde pour faire chier les orgas de la soirée et trouver que c’est quand même problématique qu’on m’invite.
En fait, juste : lâchez-moi. Putain, lâchez-moi.

automne 2015
Assia s’est trouvée une nouvelle cops en la personne de Sarah F., ma si bienveillante camarade que j’ai déçue (ici, smiley ironie).
Les deux amies co-organisent un concert dit « féministe TPG » à Paris. Première nouvelle, Assia organise autre chose que la destruction de personnes, de préférence queer trans ou butch ? Plusieurs personnes sont bloquées de l’event FB, dont Ju. Quelques jours avant, les organisatrices adressent un mail d’exclusion à X. Qu’étant données le passif entre Assia et X et la procédure judiciaire en cours, il ne soit pas judicieux que X se pointe, c’est une chose. Répartition des espaces, tout ça. Mais le mail, transphobe et humiliant, s’adresse à X par son prénom d’état-civil féminin et le misgenre délibérément. L’occasion pour Assia d’exercer une fois de plus sa transphobie primaire, une fois encore cautionnée par d’autres. Par ailleurs, par un procédé similaire à celui que j’ai subi depuis deux ans, le mail est adressé à la partenaire de X, également exclue. Enfin, le mail mentionne également comme « non souhaitée » la venue de l’ensemble des amiEs de X, à savoir donc une liste indéfinie de personnes queers à la discrétion de l’orga. C’est pas grave, ça s’appelle une soirée privée, pas un concert féministe, ça s’assume c’est tout.
Un mail erratum rectifiera prénom et genre de X, prétextant une « erreur », une « maladresse » due au « souci de donner une forme légale » au mail. … « Légale ». LÉGALE. Ouais. On est donc flics et magistrates. Bien.
Et que dire de la transphobie, cette douloureuse « maladresse » ? Que Assia est donc bien maladroite, décidément, n’est-ce pas. Pour un concert le week-end de l’Existrans, c’est quand même couillon.
Quant aux exclusions par association, elles ne semblent poser aucun problème aux orga.
Le jouissif pouvoir de la Justice Alternative.

Aujourd’hui ça fait deux ans que tout ça a commencé et c’est donc, semble-t-il, sans fin.
To be continued ?

Bref, revenons à ma question. Que me reproche-t-on, en fait ?
Quelle que soit la volonté manifeste de Ju de réparer ses erreurs et de renoncer aux privilèges que lui conféraient l’acquisition et la gestion d’un bar, il est resté l’homme à abattre – symboliquement, s’entend.
Et c’est parce que j’ai très rapidement été considérée comme « sa meuf » ou « sa pouffe », que j’ai été presque dès le début du conflit totalement assimilée à lui. Féminisme mon amour.
Je me permets d’affirmer – ou tout du moins de fortement supposer – que c’est la raison de cette mise an ban collective : en ce qui concerne le fait de ne pas poursuivre le boycott de la Mutinerie, un certain nombre de personnes qui n’ont pas pris parti ou ont continué à fréquenter le lieu voire la personne n’ont clairement pas subi tout ça.

Il s’avère aussi – surtout ? – que la tentative d’exclusion/isolement que j’ai subie a été soutenue par, voire a émané en grande partie de personnes dont j’ai cru qu’elles étaient des camarades et des amiEs parfois franchement proches et de longue date.

Je finirai cette tentative de lister les raisons puantes de mon tricardage par un dernier truc et pas des moindre. Je voudrais parler de la rumeur, de l’accusation chuchotée depuis l’été 2014. Je ne connais pas exactement l’ampleur de cette rumeur, qui circule à Marseille, à Lille, à Paris, ni le rôle exact qu’elle joue dans la prise de position de beaucoup de personnes à mon égard. Je sais en tous cas qu’elle a a minima été explicitement invoquée dans un mail de rupture amical évoqué plus haut, et dans l’exclusion d’une conférence à Paris (cf. hiver 2014-2015). Alors de quoi s’agit-il ?

A propos de Nouille Orque

Il parait que j’ai écrit un texte. Des fois, il parait que j’ai écrit DES textes. Ca dépend du/de la colportrice manifestement.
A l’origine de cette accusation, on trouve un texte anonyme, critique de la « grève », qui a circulé au printemps dernier (texte qui soulève quelques questions par ailleurs fort pertinentes mais sur lesquelles personne ne juge bon de s’attarder réellement, BREF).
Un texte, donc ; à travers lequel, il s’avère que Mina – une ex-pote, aujourd’hui « pro-gréviste », aurait… « reconnu mon style ».
Reconnu mon style.
RECONNU MON STYLE.

Mon. Dieu.

Vous êtes sérieuSEs ?

C’est sur la base de cette enquête poussée (parce que par chez nous, on est flics et détectives voyez-vous) qu’on m’a attribué ce texte, hop, sans que ça n’interroge personne semble-t-il. Il a fallu plusieurs mois pour que la rumeur me revienne aux oreilles et qu’un certain nombre de positionnements contre ma gueule deviennent donc un peu peu plus clairs à mes yeux.
WOUAHOU.
Alors, une (unique) fois pour toutes : je n’ai PAS écrit ce texte. Non.

Manifestement, il y a d’autres personnes que moi capables d’ouvrir Word et aligner trois phrases avec ironie (avec un peu plus de talent que moi, d’ailleurs, si l’on se penche sur la stricte question du style littéraire).
Vous avez sérieusement cru qu’il ne pouvait y avoir que moi à être en désaccord avec ce « mouvement » ? Ceci dit je vous concède que bien peu de gens se sont expriméEs, parce que vous faites peur, votre pouvoir est réel et il y a tant à perdre à s’exposer ; je le répète : personne ne souhaite être excluE d’une communauté dont iell a besoin.

Mais surtout, vous n’avez sérieusement vu aucun problème à vous baser sur une rumeur, sur une accusation sans aucun fondement – et qui s’assume comme telle ou presque – pour me chier à la gueule et m’attaquer ?

Putain mais la HONTE.
Mina , tu me donnes envie de gerber toi aussi. Tu t’achètes une bonne conscience radicale dans cette affaire, mais tu as surtout fait circuler dans tout le milieu une rumeur parfaitement fausse sur moi. C’est grave. Je répète : tu me rends malade.

Je pose dans le dernier chapitre ci-dessous la question de la cohérence ou non entre ce que disent et ce que font une bonne partie des opérateurs-trices du Grand Tricardage, mais finalement et au-delà de ça, la notion de justice ou même de justesse a de toutes façons été intégralement piétinée, remplacée par la légitimation de n’importe quelle exigence, comportement, mensonge, ou acte des présumées victimes. Il n’est plus question depuis longtemps dans cette affaire d’être justes mais bien de se faire justice par tous les moyens, il n’est pas plus question de réparation mais bien de vengeance. Soit, la vengeance est une notion qui se discute, mais soyez francHEs. Avec vous-même, avec vos cibles, avec tout le monde.
Il n’y a rien de politiquement juste à menacer des genTEs, y compris de mort, à mentir en long en large parce que la fin justifie les moyens, à calomnier sur des sujets aussi graves que le harcèlement sexuel, à silencier ce qui pourrait contredire vos propos.
Et si pourtant vous estimez que vos réactions et méthodes face au problème posé par la situation à la Mutinerie et par les choix que j’ai faits dans ce cadre sont justes, je vous propose d’intégrer la Police, sérieusement. En ce qui me concerne, je considère que je me défends, psychologiquement comme physiquement, avec les moyens dont je dispose.

Le privé est pathétique

Il eut été tentant de déballer vos propres dossiers, vos contradictions, vos casseroles politiques comme affectives. D’ouvrir un peu les placards façon « miroir magique », et ce, à votre manière, à travers des tracts publics. Parce qu’on va pas se mentir, on l’a bien compris, on se connait, parfois un peu parfois très bien et souvent de longue date. Et vous savez tout aussi bien que moi qui, parmi vous, les soutiens très très acharnéEs, aurait son propre petit merdier sexe-race-classe à nettoyer. En quoi êtes-vous mieux placéEs, en quoi avez-vous mieux remis en question vos privilèges blancs et de classe ou votre passif affectif pour vous permettre de décréter qui mérite la Grande Sentence (notamment l’exclusion générale d’un milieu dont J’AI BESOIN aussi, et Ju idem ) ? Anticapitalistes de la classe moyenne-sup avec héritage, bien immobilier ou thunes parentales ? Antiraciste blanche qui se tape exclusivement des Noires et s’en vante (*vomir*) ? Et toi là, qui parle comme une merde à ta meuf, mais qui a contacté plusieurs exes de Ju pour leur demander d’écrire un texte dénonçant son sexisme (très féministe aussi comme démarche ça) ? ça vous parle ? Et les blancHEs qui organisaient elleux aussi des soirées hip-hop y a quelques années à la CIP, ça vous parle ça aussi (NDLR : allusion à l’un des torchons « pro-grévistes » reprochant notamment à la Mutinerie d’organiser des soirées hip-hop) ? vos privilèges de blancHEs là, ils se portaient plutôt bien à l’époque, nan ? on revient dessus ? on pourrait lister, sérieusement, ça serait long et moche. Mais ouais, trouvez-vous une conscience sociale antiraciste et féministe à bon compte, vous avez raison l’opportunisme c’est quand même plus simple que de se remettre soi-même en question, voire juste s’assoir une heure pour penser.

Franchement, vous vous êtes regardéEs ? Rien que pour votre adhésion active à ce mouvement de destruction et d’exclusion depuis deux ans, on pourrait écrire en retour des textes publics nominatifs entiers sur la gueule de pas mal d’entre vous.

Pour finir, si le privé est politique, vous vous attachez surtout à le rendre pathétique et dévoyez un outil de plus. Radio-Ragots à pleins tubes. Dès la prise à partie violente précédant la « grève » et les propos qui furent tenus à Ju ce jour-là, sa vie affective et sexuelle a été étalée sur la place publique, on a traqué chaque erreur pour y rajouter du lourd-de-sens et du ressenti-politique, on a glosé sur ses coucheries, on a spéculé sur ses relations amoureuses qu’il gérait forcément en bon mec sexiste, on a soigneusement gobé toutes les accusations de violence interpersonnelle qui pouvait légitimer la vendetta, on s’est délecté de présenter Ju à l’envie en irresponsable affectif et profiteur sexiste.
On lui a finalement intimé l’interdiction définitive de parler de violences sexuelles (coucou toi, et les tiens de cauchemars, ils se portent comment ?) en omettant soigneusement de lui poser une seule question, en niant fermement qu’il pouvait en fait lui-même avoir été victime d’agression et d’abus dans ses relations, en oubliant aussi fort que possible qu’en tant que trans et queer, le féminisme il en a tout aussi vitalement besoin que vous et moi.
Mais chapeau pour la stratégie : brosser un portrait aussi glauque fut une efficace préparation de terrain pour rendre aussi crédible que possible les accusations de harcèlement sexuel qu’il exercerait sur ses employées.
Je sors vomir et je reviens.
Mais comment pouvez-vous tomber aussi bas ?
Alors, encore, regardez-vous bien. TouTEs, je vous laisse aussi repenser à vos propres saletés affectives, vos tromperies, vos merdes relationnelles, tous les moments où vous avez fait les mauvais choix, où vous avez blessé un.e partenaire, brisé des contrats relationnels, merdé avec vos potes. Il serait possible de relire vos histoires affectives à l’aune de la maltraitance. Comme la mienne, comme celles de mes exes, comme celles de vos exes. On fait dire ce qu’on veut à nos relations bancales, à nos essais, à nos erreurs, à nos dramas. On est TOUTES des boulets affectifs. TouTEs des agresseuSes ?

So, this is the end

Démonter un bouc émissaire ne vous lavera ni de vos arrangements politiques, ni de vos comportements problématiques, ni de vos propres privilèges dont vous usez, parfois en pensant sans doute bien faire, en légitimant en tous cas pour vous-même de ne pas y renoncer. Et quand c’est pas vous, c’est votre pote ou votre amante que vous défendez. Et si du coup, on s’y mettait à plein pour vous laminer pendant des mois, vous pourrir publiquement, mentir sur vos gueules y compris en Justice parce que la fin justifie les moyens, bref si on considérait légitime de vous détruire à la lumière de vos errements, de vos erreurs, de vos maladresses, de vos arrangements, de vos privilèges, de vos contradictions, de vos conneries ? Ça serait politique tavu. Et pourtant, vous considérez certainement que vous résumer à vos erreurs serait caricatural, que les choses sont bien plus complexes, nuancées et contextuelles.
Je n’en doute pas une seconde. Mais le bénéfice du doute, le bénéfice de la complexité, la bienveillance a priori, sont des faveurs qui manifestement s’accordent à géométrie variable et opportuniste.
Je ne nie absolument pas l’analyse de classe à effectuer dans la structure de l’Entreprise Mutinerie. Une boîte reste une boîte, yeap. (A ce propos, tout de même, parce que aujourd’hui ça me fait bien goleri de connaitre les conditions de travail et la politique interne de certains bars dans lesquels s’est rabattue la masse des boycotteurEUSes parisienNEs : je suppose par ailleurs que vous avez checké lesdites conditions de taf, l’éthique et tutti quanti, de tous les rades où vous allez picoler, n’est-ce pas ? … quoi ? Non ? ah bon ? … bah ouais c’est pas grave : l’exploitation hardcore avérée dans le secteur de la boisson/restauration, où tes heures de ménage après le service ne sont réellement pas payées, où on te parle réellement comme à une merde, où t’es réellement soumise aux remarques graveleuses et aux mains au cul du patron, des collègues et des clients, cette exploitation-là, on ne la boycotte pas tant que personne s’en est plaint. LOGIQUE.)
Bref.
Je ne nie pas non plus les privilèges dont je bénéficie, de part ma position dans l’imbrication des systèmes de domination sexe-race-classe.
Je relève seulement combien un certain nombre d’entre vous, « soutiens » et autres boycotteuSes de circonstance, auriez tout intérêt à balayer devant chez vous.

J’ai passé des années à lutter, militer, à tisser des liens, à rigoler et pleurer aussi, aux côtés de ces personnes qui m’ont chié à la gueule du jour au lendemain. J’ai cru que j’avais un truc à faire dans cette communauté, que j’y avais ma place et que ça avait du sens d’y lutter, d’y militer. J’ai cru même que les liens affectifs avaient du sens.
On fait le deuil de tout n’est-ce pas, et l’on retire mêmes des choses, du sens, de toutes les pertes. Mais il n’y a eu longtemps que l’écœurement politique et communautaire mêlé au dégout à la peine à la colère – mais pardon, l’affectif n’est pas politique, l’amitié n’est pas politique, le chagrin n’est pas politique. Ah bien.

On a voulu faire croire que soutenir ce mouvement c’était soutenir une grève comme une autre. Bullshit, c’est juste la honte politique totale, c’est du harcèlement intra-communautaire et inter-personnel, en habits de lutte.
On a voulu faire croire que tout ceci c’était de la lutte sociale, qu’il était important de soutenir ce mouvement sans surtout chercher à connaître les liens qui pouvaient exister entre touTEs les protagonistes, qu’y faire référence relevait de la « dépolitisation ».

Force est de constater qu’on n’avait surtout pas envie que la « communauté » TBPG queer féministe comprenne qu’une bonne partie de tout ce petit monde se connaissait depuis plus ou moins longtemps, et qu’on y a réglé bien des comptes interpersonnels sous couvert de « mouvement social » (lol) ;

Force est de constater donc qu’il est malhonnête de taire la dimension intra-communautaire, avec ce qu’elle comporte d’affects, d’enjeux interpersonnels, de ruptures mal digérées, d’altercations passées, de jalousies ;

Force est de constater aussi qu’il est malhonnête de faire comme si prendre, ou pas, position n’était pas conditionné, pour bien du monde, par la peur d’être excluE de la communauté (et en miroir l’envie d’y être activement reconnuE), et que dans ces conditions, la pression et le chantage à pour ou contre nous, ça marche ;

Force est de constater enfin qu’il est aussi très malhonnête de faire semblant d’ignorer le passé de Assia, et très problématique de systématiquement excuser ses comportements violents, ses abus, ses mensonges, sa transphobie, et de continuer de la soutenir envers et contre l’évidence : interrogez ses ex, interrogez les personnes trans, butch et queer qu’elles a croisées dans sa life, interrogez les personnes à qui elle s’en est prises, qu’elle a harcelées, agressées y compris physiquement, gravement diffamées. Assia détourne depuis des années les outils et grilles d’analyse politiques à des fins personnelles. OK, elle est forte, elle sait manier le discours et appuyer sur les bons boutons rhétoriques ; elle sait manipuler son entourage avec brio. On peut s’y faire piéger une fois, ce fut mon cas il y a des années. Mais il faut ouvrir les yeux à un moment donné : ses campagnes de destruction prennent des proportions de plus en plus dangereuses, les conséquences sont de plus en plus graves ; rappelons que dans cette affaire, elle fut à deux doigts d’envoyer un garçon trans racisé en taule. Vous comprenez ce que ça veut dire ? C’est terrifiant d’en arriver là, y compris communautairement. Assia bousille des outils d’analyse et de lutte comme elle bousille des gens de la communauté, dans une relative bienveillance générale.
Et si certainEs, trois autres « grévistes » en tête, ont pensé que se rallier à son « combat » leur permettrait de faire entendre leurs voix, désolée mais : ERROR ERROR EPIC FAIL, vous avez surtout cautionné sa malveillance et sombré dans sa folie (ouh le vilain mot) ; un conseil : TIREZ-VOUS VITE ce n’est peut-être pas trop tard.
Si d’autres ont cru régler leur culpabilité de classe / race en soutenant ce même « combat » : je vous invite à être la/le prochainE bouc émissaire communautaire, question rachat de conscience rien de tel que le martyre mes chatons.
Si certainEs enfin ont pu ainsi satisfaire leur besoin de tourisme militant en se positionnant en « soutien », c’est formidable, à zéro frais ça se kiffe depuis deux ans en politiséE radicalE tout en évitant de penser sa propre situation socio-économique, et puis c’est évident : de tout ceci, clairement le capitalisme a tremblé tout autant que le racisme de nos communautés.

Bref : force est de constater que cette grève, en tant que grève, n’a jamais existé, parce que tu sais bien que le performatif a ses limites, quand même. ;)
BISOUS